Samedi, bien que Français exilé aux États-Unis depuis douze ans, je vais faire mon devoir de citoyen, et voter. Je pousse ça loin : je vais carrément quitter le boulot (un événement qui se termine à 18 h) pour descendre jusqu’à San Francisco (un trajet de plus de deux heures), où ma douce et moi avons réservé une chambre d’hôtel. Le lendemain, à 8 heures pétante (enfin plus ou moins, c’est un samedi, faut pas déconner), je me rendrai au bureau de vote situé pour moi au 150 Oak Street, l’adresse du Lycée franco-américain de San Francisco. Je ne traînera pas, car à 11 heures je dois être de retour à Lower Lake pour vendre du pinard. Ma douce restera elle sur SF pour profiter du temps quasi-estival dont la Baie devrait bénéficier ce week-end.

Pour une raison que j’ignore (et sur laquelle je vais m’empresser d’enquêter), les Français des comtés de Marin, Sonoma et Napa votent à un bureau de vote situé à Corte Madera, ce qui est bien pratique pour eux. Mais tous les Français situés dans les comtés plus au nord (dont le mien, celui de Lake) doivent se rendre plus au sud, à San Francisco. Ça n’a aucun sens et contredit le mot d’ordre de la participation. La bureaucratie à l’état pur.

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C’est l’une des insultes les plus haineuses du vocabulaire anglophone. The other F word, comme le désignent certains. Faggot (et sa version abrégée fag, qui a une signification tout autre outre-Manche) est une injure anglo-américaine homophobe, l’équivalent de « pédé » ou « pédale ».

Son étymologie, remontant au français « fagot », est assez complexe. Il existe différentes théories, dont celle évoquée dans cette scène de l’excellente série Louie, qui a pour mérite de mettre en perspective les conséquences de l’homophobie ordinaire.

Le deuxième épisode de Lexicon Valley, un nouveau podcast de Slate, détaille l’évolution de cette insulte, que s’est réappropriée la communauté gay (le terme fag hag, ou « fille à pédés », est même considéré relativement acceptable dans certains cercles), et qui, selon les commentateurs, semble même évoluer vers le statut d’une injure sans connotation nécessairement homophobe.

Reste que dans l’énorme majorité des cas, le terme reste utilisé soit pour insulter un homosexuel — ou un homme efféminé —, soit pour mettre en doute la masculinité conventionnelle d’un homme (un usage courant chez les frat boys imbéciles).

Dimanche soir, c’est le retour de The Walking Dead, sur AMC. Si vous avez raté la première saison et le début de la seconde, suivez le marathon ce weekend, ou faites-en le plein sur iTunes ou Amazon. Mieux encore, procurez-vous le Compendium One, qui compile les numéro 1 à 48 de la bande dessinée qui a inspiré la série.

Le zombie, immortalisé à l’écran pour la première fois par John Romero dans La Nuit des Morts-vivants en 1968, ne s’est jamais aussi bien porté. Le zombie est une créature irrévocablement américaine. Vampires, fées, trolls ou sorcières ont leur origine en Europe. Mais le mort-vivant vient bien du Nouveau-Monde. Certains le rapprochent même du culte vaudou haïtien.

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Bill Hinzman, zombie n°1 dans The Night of the Living Dead, nous a quitté il y a quelques jours. Pour de bon ?

Beaucoup d’encre a coulé sur le symbolisme du zombie. Il représente l’esclave du consumérisme (une interprétation avec laquelle Romero joua dans Dawn of the Dead, et remaké en 2004). Il est le pion d’un gouvernement autoritaire ou policier. Il représente la négation du libre-arbitre, la perte d’identité dans le monde contemporain.

Peu importe. Je ne vais pas en faire une dissertation, car tout a déjà été dit. La raison pour laquelle le zombie est plus populaire que jamais est tout autre. La fiction zombienne n’est jamais centrée autour du zombie, mais repose sur les survivants. La Nuit des Morts-vivants fut un film pionnier pas seulement parce qu’il mit en scène des zombies pour la première fois, mais surtout parce que son héros était un Afro-américain, du jamais vu à l’époque. Ce choix n’était pas innocent. Suite

Volaille

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L’épisode récent de l’excellentissime émission This American Life est intitulé « Poultry Slam ». Il compile des histoires dont le thème est la volaille.

Il y a notamment la découverte par le cuisinier new-yorkais Dan Barber d’un producteur de foie gras espagnol, Eduardo Sousa. Ce dernier avait fait la une du Monde en 2006 (article payant) lorsqu’il avait décroché le Coup de Cœur du Salon international de l’Agroalimentaire. De nombreux de ses homologues français avaient râlé et dénoncé l’éleveur d’oies comme un tricheur : il ne gavait pas ses oies !

La présentation de Dan Barber à Taste3, à Napa, en 2008 (ci-dessous), vaut son pesant de foie gras. L’épisode de TIL vaut la peine car il offre un suivi des expériences du chef qui cherche depuis à reproduire les méthodes de Sousa dans le nord de l’état de New York. Et jusqu’ici, c’est un échec total.

Je souhaite pourtant bonne chance à Barber, et si j’avais quelques millions à y investir, je me lancerais dans une aventure similaire en Californie. Car d’ici quelques mois, non seulement la production mais aussi la vente de foie gras seront illégales dans l’état.

Certains cuisiniers californiens ont d’ores-et-déjà annoncé qu’ils continueront à servir le mets, clandestinement ou pas. Gary Danko estime que l’interdiction (qu’il compte braver) aura pour effet de simplement doubler ses ventes.

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Je me souviens de ma tristesse, il y a quelques années déjà, lorsque lors d’une visite en France, dans une petite ville que je fréquentais de près dans mon adolescence (un indice si Google vous tente : une bonne partie des films de la Septième Compagnie y fut tournée), je constatai que la boucherie chevaline avait disparu.

C’était un peu hypocrite de ma part, après tout. Ma bonne maman avait arrêté d’y faire ses courses lorsque, il y a presque trois décennies de ça, ma sœurette, passionnée d’équitation, avait décrété que désormais, on ne boufferait plus de cheval dans la maison. Et je n’avais pas franchement fait l’effort de contrer le diktat de la frangine.

L’année dernière, j’avais observé dans le métro parisien des affiches protestant la viande de cheval. La campagne était bien pensée, associant les bêtes à des amis. Et franchement, qui bouffe ses potes ? Mais je gardai malgré tout une certaine nostalgie des steaks de cheval. Si tendre, si savoureux. Suite

Quelques semaines à peine après l’arrivée d’Obama à la Maison-Blanche, le mouvement du Tea Party prenait une ampleur nationale. De là, les manifestations se multiplièrent à travers le pays. Une certaine Amérique moyenne, votant principalement à droite (mais aussi rejointe peu à peu par de nombreux déçus de Barack), y vit l’incarnation de leur mécontentement. Les slogans étaient clairement anti-immigration, anti-socialistes, anti-mondialistes, anti-gouvernement, parfois racistes, souvent simplistes, teintés de christianisme évangéliste, et étalant souvent des credos anti-avortement ou anti-musulmans, et mettant en question la citoyenneté ou la religion du nouveau président. C’était plein de rouge, blanc et bleu, de drapeaux Gadsden et de pancartes exprimant un patriotisme simplet.

Le mouvement, qui en France évoque l’idéologie puante des poujado-lepénistes, fut rapidement récupéré par différentes organisations et candidats potentiels à la présidence. Michele Bachmann, qui représente le sixième district du Minnesota à Washington, fut sans doute celle qui fut la plus habile à capitaliser sur le Tea Party. Après avoir fait la une des magazines et considérée comme l’un des favoris du GOP il y a encore quelques mois, elle patine désormais dans les sondages, larguée loin derrière le tandem Romney-Cain, qui semble désormais être le ticket républicain logique pour affronter Obama en novembre 2012 — même si beaucoup de choses peuvent se produire d’ici là.

Et voici maintenant un autre mouvement — Occupy Wall Street, désormais se déclinant au niveau national, avec des mini-manifestations à travers le pays, y compris devant les agences Chase ou Bank of America de patelins minuscules.

Le parallèle est évident, mais au Tea Party comme chez les militants OWS, on se refuse à l’accepter. La droite McDonald’s des tea partiers voit les agitateurs de Occupy Wall Street comme une bande de marxistes cherchant à redistribuer les richesses façon Castro, des hippies glandeurs voulant toucher un chèque du gouvernement sans rien foutre. De leur côté, les militants d’Occupy ne se voient quasiment rien en commun avec les teabaggers, qui représentent une Amérique étroite d’esprit, ignorante et pleine de haine.

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