strong wine
The Morning Call, San Francisco (29 novembre 1891).

DJ's
DJ's

Diamond Jim’s est un vieil établissement dans la ville de Ukiah, dans le comté voisin de Mendocino. Détruit par un incendie suspect il y a un an, le magasin a réouvert dans le bâtiment voisin il y a quelques mois.

Un prospectus a échoué dans la boîte aux lettres l’autre jour, dont les recto et verso confirment que l’enseigne reste fidèle à ses deux spécialités : armes à feu et spiritueux.

Only in America.

Les Américains ont une boisson associée aux fêtes de fin d’année dont l’apparition coïncide à peu près avec la sortie du Beaujolais Nouveau : l’eggnog. Appelé aussi lait de poule dans le Canada francophone et dans certaines régions françaises, l’eggnog a pour base lait, œufs et sucre. La version traditionnelle inclut une ou plusieurs eaux-de-vie.

eggnog

Aux États-Unis, l’eggnog peut désigner une boisson non-alcoolisée, telle que celle que Starbucks commercialise pendant les fêtes. Pour les puristes — dont j’aime à penser être un membre — elle se doit d’inclure brandy et rhum.

Rien à voir avec la boisson qu’on trouve dans les supermarchés en cette fin d’année, qui contient souvent du sirop de glucose-fructose, de la gélatine ou d’autres substituts artificiels en place d’œufs.

L’une des plus vieilles recettes d’eggnog nous provient de George Washington lui-même. Le général savait boire, et fut même propriétaire d’une des plus vieilles distilleries d’applejack, une eau-de-vie à base de pommes. Sa recette, préservée parmi ses documents, inclut notamment un sherry en plus du brandy and du rhum, mais ne précise pas le nombre d’œufs à utiliser.

Tout livre de recettes de cocktails qui se respecte inclut un eggnog. Chacun a sa version, parfois héritée de grand-maman. Certains le préfèrent chaud, d’autres favorisent une boisson réfrigérée. Voici celle que ma douce a adoptée, et qu’elle a empruntée au bartender oreganais Jeffrey Morgenthaler.

Voici donc sa recette, qui produira environ 750 ml de cette boisson délicieuse.

● 4 œufs
● 12 cuillères à soupe de sucre en poudre
● 1 cuillère à café de noix de muscade fraîchement râpée
● 4 onces liquides (12 cl) de brandy (ou cognac)
● 4 onces liquides (12 cl) de rhum épicé (Sailor Jerry de préférence)
● 12 onces liquides (35 cl) de lait entier
● 8 onces liquides (24 cl) de crème fouettée

1) Battez les œufs dans un mixeur pendant une minute à vitesse moyenne.

2) Ajoutez le sucre et mélangez pendant une minute supplémentaire.

3) Ajoutez la noix de muscade moulue, le brandy, le rhum, le lait et la crème pendant que le mixeur tourne jusqu’à un mélange homogène.

Mettre le mélange au frais pendant quelques heures. Versez-le dans une bouteille ou un récipient permettant de secouer la boisson avant de la servir. Vous pouvez assaisoner votre verre d’eggnog d’un peu de noix de muscade râpée et/ou y insérer un bâton de cannelle. L’eggnog obtenu pourra être conservé pendant une semaine s’il reste réfrigéré.

Attention, ça se boit comme du petit lait. De poule.

teinturier

L’un des cépages les plus cultivés en Californie pendant la Prohibition est une grappe bien de chez nous, mais qui est en passe de disparaître dans l’Hexagone. C’est l’alicante-henri-bouschet, ou simplement alicante-bouschet. C’est un cépage dit teinturier : contrairement à la plupart des autres cépages noirs, sa pulpe et son jus ne sont pas clairs, mais rouges. Cette variété tient son nom de son inventeur, le Français Henri Bouschet de Bernard, qui en 1855 obtint cet hybride en croisant du grenache noir avec du petit bouschet.

Le cépage devint très populaire : résistant et au rendement généreux, on le planta dans le Bordelais, la Bourgogne et la vallée de la Loire. Aujourd’hui cependant, il a quasiment disparu dans ces régions, et n’étant pas autorisé dans aucune AOC, il ne survit guère que dans le sud-ouest du pays. Il a cependant une présence dans le sud du Portugal, en Espagne (dans la région dont son nom est partiellement inspiré, et ou il est appelé garnacha tintorera) et en Algérie. Ses caractéristiques permettent de rehausser la couleur d’un vin, mais il est parfois utilisé indépendamment.

L’alicante-bouschet fut un cépage très cultivé pendant la Prohibition. La loi comportait en effet des exceptions pour la production de vin à usage personnel. Des milliers de tonnes de grappes furent ainsi expédiées par voie ferroviaire vers les communautés italiennes de la côte est, et la paroi épaisse des baies de l’alicante-bouschet permettait aux grappes de ce cépage de subir le voyage sans trop de dommages.

Aujourd’hui on trouve encore l’alicante-bouschet dans de nombreux vignobles californiens, surtout dans la région des Sierra Foothills (dans la Napa Valley, où il était populaire il y a encore un demi-siècle, il a fait place à des variétés plus rentables). Ce cépage reste prisé par certains vignerons pour foncer certains vins et du fait de son rôle historique. J’ai cueilli cette grappe (qui n’était pas encore mûre) lundi dernier dans le vignoble étudiant de Napa Valley College, qui cultive sur deux rangées des échantillons de différents cépages dans l’ordre alphabétique, et qui commencent par… l’alicante-bouschet.

Saucisses
Merguez et chipolatas made in California.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Chaud. Mais la petite brise de l’après-midi rafraichit le jardin. Hier, après une journée de travail, ma douce et ma pomme ont célébré le Quatorze Juillet. Sur le Weber, Jeff a grillé un morceau de bœuf (du comté) et un autre de porc (du comté d’à côté). On a enchaîné avec des merguez de Sonoma Sausage et les saucisses de Toulouse de Fatted Calf, la charcuterie de Napa. Les saucisses sont courtes et épaisses, comme les Américains les aiment, comme celles que les immigrés allemands ont apporté dans le Nouveau-Monde. Mais elles ont le goût de merguez et de chipos comme on les aime dans l’Hexagone. Nous les avons mangées en sandwich avec la demi-douzaine de baguettes cuites hier après-midi par l’enseigne de Napa de The Model Bakery. Le foie gras au torchon cuit par ma douce (importé de France par Fabrique Délices) et son pâté de saumon ont été un gros succès. Une petite bouteille de sauternes 2005 pour accompagner le tout. Dans la glacière, bières régionales (Lagunitas IPA et Great White de The Lost Coast) et rosés français achetés pour trois fois rien à The Wine House, à San Francisco, qui au printemps liquidait son millésime 2008. Pernod, Suze et bas-armagnac au bar. Plateau fromage obligatoire. Fraises au chocolat.

Dehors les hauts-parleurs ont arrosé le jardin avec ma playlist Bastille Day, qui compile du made in France de Gainsbourg à Phoenix. Les juristes, winemakers, mécanos et jardiniers présents se sont régalés. Mon drapeau bleu-blanc-rouge était suspendu dans le jardin. Pas de feu d’artifice. Tout était sur la table.

(Ce billet ne comporte aucune publicité. J’ai payé pour tout. Mais les échantillons de bouffe et de pinard sont toujours les bienvenus.)

Il est environ 22h15 mercredi soir. Je reviens d’un cours de marketing vinicole que je suis ce semestre à Napa Valley College. Comme à chaque fois, je prends pour rentrer la Silverado Trail au lieu de la route 29, qui est plus encombrée, ponctuée de feux et patrouillée à mort par la CHP. La route scénique de l’est de la vallée, plus sinueuse, est cependant plus agréable, même de nuit. Je la connais par cœur, et je sais même derrière quels bosquets les flics du comté se planquent parfois pour guetter les chauffards.

Je viens seulement de dépasser Meadowood lorsque je dois freiner précipitamment. La route est devant moi bloquée par des cartons et des éclats de verre. Je vire sur le bas-côté pour dépasser les dégâts prudemment. Je continue au ralenti, puis j’hésite. Dois-je m’arrêter pour déblayer ? Bah oui. Il fait nuit et c’est un obstacle dangereux. Les usagers de la route à cette heure sont des habitués qui n’hésitent pas à avaler les virages à 70 miles à l’heure, maintenant que les touristes sont rentrés chez eux ou finissant une bouteille de chardonnay vieilli dans des fûts français dans une auberge chic de St. Helena.

Je sors de la voiture et j’assesse les dégâts. Une demi-douzaine de cartons a dû se casser la gueule d’un camion, remplis de bouteilles pas encore étiquetées. Ça sent la vinasse et les bouts de verre craquent sous mes semelles. Je ramasse les cartons que je balance dans le talus, et je donne des coups de pieds dans les bouteilles brisées pour les envoyer dans le bas-côté. Une bouteille est miraculeusement intacte. Je la ramasse et je la mets à l’abri. Je ne me serais pas arrêté pour rien.

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