Outre mon boulot vinicole à temps partiel, je bosse en ce moment sur un gros projet de localisation. La localisation (l10n pour les intimes), c’est un truc que je connais bien. Presque tous les boulots que j’ai eus dans le domaine du high tech au cours des quinze dernières années nécessitaient des compétences à ce niveau. Il s’agit, grosso modo, de l’art d’adapter des documents, logiciels, sites Web ou autres médias à une langue et/ou une culture différente. Ça peut être un manuel d’équipement de chirurgie à traduire en douze langues (j’ai fait ça), ou lancer un site de jeux en ligne dans une douzaine de pays (ça aussi, j’ai fait).

Ça n’est évidemment pas juste de la traduction. Il faut s’adapter à la culture qu’on cible. Changer les unités de mesure, le format des dates, les devises et numéros de téléphone, adapter la ponctuation, trouver de nouveaux exemples et respecter les coutumes locales. On n’emploie pas la couleur verte à la légère dans les pays musulmans. On choisit prudemment les photos illustrant un site Web. Il faut être conscient des lois de chaque pays. J’en passe. C’est tout un boulot, dans lequel bossent des milliers de professionnels au parcours souvent varié.

Les professionnels de la localisation ont tous le même grief vis-à-vis de leur employeur ou de leur client : l’utilisation de l’anglais comme étalon de facto. La plupart des logiciels ou sites Web sont désormais d’abord conçus en anglais, même lorsque la moitié des ingénieurs et des designers qui l’ont pondu sont originaires de Chine, de Russie ou d’Israël. Le problème, c’est que l’anglais est une langue remarquablement elliptique. Beaucoup de verbes d’actions, des contractions de conjugaisons, un usage parcimonieux d’articles, etc.

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Combien de fois ai-je entendu un ingénieur ou designer me demander un truc du genre : « Tu peux nous trouver une traduction pour Redeem en français ? Mais ça ne doit pas faire plus de six caractères ».

La dernière calamité qui vient de frapper les pros de la localisation, c’est Twitter. Ces salauds de SoMa ont entériné les limites pathétiques d’une technologie vieille d’un quart de siècle, et qui limite à 140 caractères la communication d’un message textuel (160 si vous jouez encore avec du 7 bits, ce qui suffisait pour les Américains qui ignorent les accents, et qui encore une fois ont le don de pondre des technologies ethnocentriques que le reste du monde se doit ensuite d’adapter à leurs besoins).

Me voilà donc à localiser de l’anglais vers le français une longue série de messages qui doivent tous faire 140 caractères maximum. Mois que ça, d’ailleurs, puisque 23 à 25 caractères sont déjà monopolisés par un URL. Il s’agit de messages relativement promotionnels. Ils ne peuvent donc pas utiliser d’abréviations obscures. Ça doit être clair et, évidemment, concis. En 140 caractères maximum. Argh. Ça pourrait être pire : au moins, je n’ai pas à localiser vers l’allemand.

Saucisses
Merguez et chipolatas made in California.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Chaud. Mais la petite brise de l’après-midi rafraichit le jardin. Hier, après une journée de travail, ma douce et ma pomme ont célébré le Quatorze Juillet. Sur le Weber, Jeff a grillé un morceau de bœuf (du comté) et un autre de porc (du comté d’à côté). On a enchaîné avec des merguez de Sonoma Sausage et les saucisses de Toulouse de Fatted Calf, la charcuterie de Napa. Les saucisses sont courtes et épaisses, comme les Américains les aiment, comme celles que les immigrés allemands ont apporté dans le Nouveau-Monde. Mais elles ont le goût de merguez et de chipos comme on les aime dans l’Hexagone. Nous les avons mangées en sandwich avec la demi-douzaine de baguettes cuites hier après-midi par l’enseigne de Napa de The Model Bakery. Le foie gras au torchon cuit par ma douce (importé de France par Fabrique Délices) et son pâté de saumon ont été un gros succès. Une petite bouteille de sauternes 2005 pour accompagner le tout. Dans la glacière, bières régionales (Lagunitas IPA et Great White de The Lost Coast) et rosés français achetés pour trois fois rien à The Wine House, à San Francisco, qui au printemps liquidait son millésime 2008. Pernod, Suze et bas-armagnac au bar. Plateau fromage obligatoire. Fraises au chocolat.

Dehors les hauts-parleurs ont arrosé le jardin avec ma playlist Bastille Day, qui compile du made in France de Gainsbourg à Phoenix. Les juristes, winemakers, mécanos et jardiniers présents se sont régalés. Mon drapeau bleu-blanc-rouge était suspendu dans le jardin. Pas de feu d’artifice. Tout était sur la table.

(Ce billet ne comporte aucune publicité. J’ai payé pour tout. Mais les échantillons de bouffe et de pinard sont toujours les bienvenus.)

Le 4 Juillet approche. L’Amérique s’inquiète. Il y a la marée noire dans le Golfe du Mexique. Un taux de chômage historique. Wall Street vient de se prendre une claque. Les chèques d’indemnité chômage n’arrivent plus. Une insécurité croissante à la frontière mexicaine, où sévissent les cartels. Et un fabricant chinois a inondé les magasins discount de drapeaux américains décorés de soixante et une étoiles. La honte.

Alors l’Amérique se réconforte en se rappelant qu’elle continue à produire. Pas juste des start ups sans revenus. Pas seulement des produits électroniques qui seront ensuite fabriqués en Chine. Pas que des instruments financiers douteux reposant sur des algorithmes fumeux et des investissements foireux.

Il y a encore quelques produits que les Américains continuent à produire. Évidemment, les pièces ou matières premières viennent parfois d’ailleurs. Mais si l’objet peut recevoir l’estampille Made in USA, c’est devenu à nouveau un gage de qualité.

Le fusil Henry est légendaire. Inventé au milieu du XIXe siècle, ce fusil chambré en .44 Magnum connu la Guerre de Sécession et s’imposa dans l’Ouest comme un compagnon idéal pour la chasse ou la défense. Henry Repeating Arms fut fondée il y a moins de deux décennies à Brooklyn, et est désormais basée à Bayonne, dans le New Jersey. Elle se spécialise dans la fabrication de répliques de fusils à mécanismes à levier, mais produit aussi notamment une version mise à jour de l’AR-7.

Chrysler est dans la mouise. Le fabricant automobile a changé de mains au cours des deux dernières décennies tellement de fois qu’on ne les compte plus. Le seul modèle qui fut un véritable succès au cours des dernières années fut la 300, une grosse sedan aux lignes viriles et à la calandre d’un autre âge. Avec le modèle 2011 de la Jeep Grand Cherokee, le fabricant espère bien regagner des parts de marché, et reconquérir les fans de la marque qu’il a perdu au cours de la dernière décennie au profit de Ford et des Japonais. L’allure générale reste celle d’une Jeep, mais les lignes ont clairement été influencée par celles des crossovers de la concurrence.

Là aussi, Chrysler joue sur la note patriotique, nostalgique et sans complexes : The things that make us Americans are the things we make. This has always been a nation of builders.