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jun
25

Mon nouveau bureau.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.Si vous avez un peu suivi mes aventures, je me suis fait virer fin septembre dernier de la vénérable firme high tech chez qui j’étais depuis un peu plus de cinq ans. Je travaillais de chez moi depuis deux ans, et la nouvelle boss n’aimait apparemment pas. Je fut donc lourdé par téléphone. Ce fut à la fois un choc et une bénédiction, car finalement, j’étais un peu coincé dans ce boulot, sans possibilité d’aller ailleurs car sans carte verte ni possibilité de transfert de visa.
Depuis, j’ai du coup pu faire quelques boulots de localisation et traduction ici et là, notamment pour des applications iPhone et Mac OS. C’est un truc pour lequel j’ai pas mal d’expérience, et je me débrouille pas trop mal. De quoi payer quelques factures. Et la lettre m’annonçant que je suis désormais un résident permanent des États-Unis est enfin arrivée (la carte verte devrait suivre d’ici quelques jours).
Mais bon, cela ne va pas mettre de beurre dans les épinards. Ça permet tout juste d’acheter le beurre.
Le défi, c’est ma situation géographique, à deux heures et quart de route de San Francisco (quand ça roule bien). Je ne veux pas demander à ma petite femme de mettre sa carrière en standby. Elle est procureure adjointe, et ça marche plutôt bien pour elle. Pas très bien payée (la faute au déficit vertigineux du budget californien), mais elle se construit lentement mais sûrement une carrière solide dans le droit pénal, côté ministère public. Même pour un avocat talentueux, les boulots sont rares ces temps-ci.
Il y a deux ans, je m’étais dit qu’il faudrait parer à l’éventualité de me retrouver sans boulot. Après tout, j’avais déjà subi plusieurs licenciements, et la paranoïa n’a jamais tué personne en petites doses. Comme le secteur dominant du coin est la viticulture, mes options étaient limitées, sauf à faire pousser ma marie-jeanne ou à devenir producteur de méthamphétamines, ce qui comporte des risques.
Par intérêt personnel et donc aussi pour contribuer à mon plan B, j’ai donc commencé à prendre des cours de viticulture et d’œnologie à Napa Valley College. Moins prestigieuse que UC Davis, ce community college a cependant gagné le respect de la profession vitivinicole au cours des dix dernières années. Je viens de boucler mon cours de marketing vinicole. Je viens de reprendre les cours (toujours en viticulture et opérations vinicoles) pour la session estivale, puis sans doute enchaîner d’autres cours à l’automne, une période très active dans ce domaine.
Le mois dernier, ma douce et moi sommes à un bar à vin d’Upper Lake, un petit patelin du nord du comté. J’aime à fréquenter le Lake County Wine Studio, car sa propriétaire Susan connaît tout le monde dans la région. Elle peut vous verser un verre de vin et vous dire qui l’a fait, de quel vignoble il provient, et vous dire quelle petite route prendre pour y accéder. Ce soir-là nous y étions pour une dégustation du dernier millésime des vins d’Obsidian Ridge, l’un des labels de Peter Molnar. Ses vins se sont fait remarquer et le fruit provient des Red Hills, une région où je tiens deux ruches dans le domaine de Moore Family Winery. Cette appellation vinicole est récente mais gagne de plus en plus en prestige parmi le milieu viticole californien. Il reste du boulot à faire avec les consommateurs, qui ignorent encore cette AVA moins réputée que celles de Howell Mountain ou Stagecoach District.

Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.Tout en dégustant l’excellent vin de chardonnay Molnar Family (non, ils ne m’ont pas payé pour la pub, mais je suis difficile côté chardonnays), Susan nous demande des nouvelles. Je lui glisse que je cherche un boulot. Elle mentionne un winemaker du comté dont je connais bien les vins et dont j’ai visité la salle de dégustation plusieurs fois, notamment il y a seulement quelques semaines lorsque mes parents étaient en visite. Ma maman a beaucoup aimé son riesling, et mon papa son vin de zinfandel (mon père appartient à la minuscule tribu des Français qui aiment les vins de ce cépage californien). « Il cherche un gérant pour sa salle de dégustation », explique-t-elle.
Ma douce et ma pomme décident alors que nous lui rendront visite ce week-end, histoire de tâter le terrain. Gregory Graham, après des études à l’Université de Californie de Davis — sans doute l’établissement d’enseignement supérieur le plus réputé d’Amérique du nord en matière de viticulture et œnologie — a travaillé pendant deux décennies chez Rombauer, un domaine réputé le long de la Silverado Trail de la vallée de Napa. Il commence à commercialiser ses propres vins dans les années 90, notamment en utilisant des cépages rhodaniens comme la syrah ou le grenache, alors encore considérés relativement exotiques en Californie. Et en 2000, il achète un vignoble dans les Red Hills.
Depuis la dernière vendange, il ne travaille plus pour Rombauer, et se consacre entièrement à son propre domaine, qui porte son nom. En terme de ressources humaines, c’est une petite opération : seulement deux employés pour les vignobles. Sa femme, qui travaille en semaine dans le comté de Marin, s’occupe de la comptabilité et aide dans la salle de dégustation.
Le samedi où nous lui rendons visite, Greg est un peu débordé, victime de son succès. Beaucoup de monde dans la petite salle de dégustation, qui est à l’intérieur du hangar qui abrite ses cuves et sa cave. Entre deux verres, nous parlons vin, je mentionne mes cours à NVC, je demande à Greg comment marche l’exploitation, mais je n’arrive pas à mener la conversation là où je veux. Peut-être que Susan a mal compris…
Nous repartons avec une bouteille de viognier qui accompagnera idéalement les restes du resto thaïlandais de la veille. Le mardi suivant, je me pointe à une réunion de l’association des domaines vinicoles du comté — bah oui, il faut bien réseauter. J’y connais déjà pas mal de monde. Justement, Susan est là. Je lui demande, un rien confus, si elle est sûre que Gregory cherche bien quelqu’un. « Oui », m’assure-t-elle, me prévenant que quelqu’un d’autre est sur le coup, mais n’a pas envoyé son CV.
Le lendemain, j’appelle le domaine. Je tombe sur le répondeur, et je laisse un message : j’ai entendu que vous cherchez un tasting room manager, justement je suis disponible, on s’est vu plusieurs fois au cours des derniers jours, dites-moi quand je peux passer pour vous déposer mon CV.
Ce dimanche-là, je fais donc quelque chose que je n’ai jamais fait au cours des quinze dernières années : j’imprime un CV et une lettre de motivation. Sur du papier. Que je mets dans une enveloppe. Et je me pointe au domaine.
Plusieurs visiteurs sont là dans la salle de dégustation. Je me fais discret et j’attends leur départ pour aborder Greg. Il m’a reconnu et sait pourquoi je suis là. C’est bon signe. Nous discutons un moment. Il me dit qu’il me tiendra au courant.
Quelques jours plus tard, il m’appelle, me demandant de passer au domaine pour discuter avec sa femme. J’arrive en fin d’après-midi, comme convenu. Ils me préviennent : ça ne paye pas cher, à peine plus que le salaire minimum californien. Mais il a bien aimé mon CV. Je n’ai pas d’expérience dans la vente ni les salles de dégustation, mais je présente pas trop mal, et surtout je vais pouvoir l’aider pour l’aspect marketing en ligne.
On se serre la main. « Vous pouvez commencer quand ? », me demande-t-il. J’ai un truc avec le chapitre Wine Country du Project Management Institute le samedi. « Dimanche », réponds-je.
Voilà donc. Je bosse les week-ends dans la salle de dégustation, et dans la semaine, je réseaute, je bosse sur la stratégie social media, je prends des photos et je fais des vidéos, etc. Il y a du boulot à faire sur le site Web, sur la distribution, et j’en passe. Mais l’avantage, c’est que Greg fait de l’excellent vin. C’est un vigneron qui passe autant de temps dans ses vignes que dans sa cave. Comme beaucoup de producteurs du comté, il vend le plus gros de ses vendanges à des domaines prestigieux de Napa ou Sonoma. En ce moment, il est très enthousiaste en ce qui concerne son cabernet-sauvignon.
Pour l’instant, ma petite femme est devenue le main earner, comme on dit ici. De mon côté, je repars donc de zéro. Même si une partie de mes compétences sont liées à mon expérience précédente en matière de gestion de produit. Le côté marketing en ligne est important, mais ne nous leurrons pas : le Web, le direct marketing et le social media c’est bien, mais ce n’est qu’une partie de la stratégie. Il y a déjà trop de gourous auto-proclamés qui sillonnent SXSW et BarCamp avec des cartes de visite portant le titre de social media expert. Créer un compte Twitter ou expliquer GoWalla, n’importe qui peut faire ça. La barre se situe un peu plus haut.
Le vin est un secteur passionnant également parce qu’il est actuellement en pleine transition aux États-Unis. La consommation semble avoir repris, mais c’est déjà trop tard pour de nombreux producteurs. Il y a pas mal de remous qui s’annoncent dans les mois et les années qui viennent. Si je m’y prends bien, j’arriverai peut-être à attraper la vague.
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10 commentaires sur “Transition”
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Et bin mon gars, bonne chance.
Et si tu veux retourner a un autre plan A, t’as vu que y’a des ouvertures…
Salut Arnaud,
Content que tu ais pu rebondir dans un domaine qui te sied.
Bonne continuation
D.
Bonne chance, dans tes “nouvelles aventures”…
C’est pas mal parfois de repartir de zéro: on s’ouvre des possibilités qu’on n’avait pas envisagé et, si la chance s’en mêle, on rebondit bien plus fort.
Bonne chance !
Bon courage, je viens de tomber sur votre site par hazard.
Excellent. N’hésite pas à nous indiquer où (url) on peut suivre ton travail marketing.
Encore bravo, c’est fort de pouvoir travailler dans un secteur qui passionne.
L’avantage d’avoir un main earner, c’est que ca donne du temps pour que la vigne prenne!
Content pour toi.
Un seul mot:”merde”
Je viens de tomber sur ton blog que je trouve très intéressant. Quel courage de rebondir aussi vite. En France le système d’indemnisation chômage est tellement protecteur qu’on est moins réactif quand on se fait licencier.