Tweeté par Mathieu Thouvenin, qui a seulement 26 ans a acquis une expérience impressionnante à San Francisco, et qui sévit désormais chez Seesmic, pas moins : ce témoignage d’un jeune Français qui est venu aux États-Unis réaliser son rêve de devenir pilote de ligne.

Mathieu et lui ont en commun la vision et le culot qui sont nécessaires pour l’aventure américaine. Ils ne se sont pas laissés décourager par les cyniques trop courants dans l’Hexagone, taxant de rêveurs ceux qui décident de prendre un gros risque. Même ma pomme est parfois coupable de tempérer les ardeurs des petits jeunes qui me demandent conseil, alors que je ne suis absolument pas qualifié dans ce domaine : je ne me considère pas vraiment comme un entrepreneur, j’ai été licencié deux fois depuis mon arrivée aux États-Unis, et mes rentrées financières ces temps-ci sont imprévisibles d’un mois à l’autre. Je peux tout juste donner une vision réaliste (parfois nécessaire pour expliquer l’aspect pratique de la vie quotidienne ici), à ne pas méprendre pour du pessimisme.

Si vous êtes un jeune Français voulant partir à l’aventure aux États-Unis, n’hésitez pas. Ça ne veut pas dire qu’il faut faire vos valises immédiatement et débarquer sans plan clair. Partez d’abord en reconnaissance — Phil Jeudy organise par exemple régulièrement des « geektrips », escortant des Français curieux de s’expatrier ou faire affaire en Californie. Il s’est bâti un carnet d’adresses remarquable pour fournir des pistes et des tuyaux à ceux qui veulent tenter l’aventure en Silicon Valley, et offre des services de conseil aux entreprises françaises voulant s’établir de ce côté du Pacifique.

Je vais donc citer ce jeune pilote : « Mon conseil le plus important, je dirais, c’est de ne pas suivre le conseil des autres ».

Sauf celui-là. Vous pouvez continuer à me contacter, et lorsque je ne saurai pas répondre à vos question, je continuerai à transmettre aux spécialistes franchouillards du coin comme Mathieu, Phil, et j’en passe.

Enfin. Le 12 juin, j’avais reçu un formulaire de l’USCIS me félicitant : j’étais désormais officiellement un résident permanent des États-Unis. Le document officiel arriverait sous trois semaines. Samedi, comme promis, la fameuse carte verte est arrivée. L’enveloppe inclut même un étui recommandé « pour protéger [la] nouvelle carte et empêcher les communications sans fil ». La pièce d’identité inclut en effet une puce RFID, qui peut être lue avec un lecteur dédié à plusieurs mètres. C’est l’une des fonctionnalités de la nouvelle carte verte, introduite le mois dernier, et dont je suis apparemment l’un des premiers bénéficiaires.

Depuis 1999, date de mon arrivée en tant que travailleur sous visa (j’avais passé un an sous visa J1 en 1987-1988 au Nouveau-Mexique), j’ai donc parcouru l’alphabet des visas : L1b, F1, H1b… Après une période de transition (pendant laquelle mon statut fut AOS, un statut qui signifie en fait une transition entre statuts), je suis donc enfin résident permanent.

J’ai désormais les même droits (et inconvénients) fiscaux que les citoyens américains. Je peux aussi arriver dans la même file que les Américains à mon arrivée sur le sol national, encore que j’avais acquis cet avantage lors de mon obtention du statut d’Alien on Parole. L’acquisition de biens immobiliers est un rien simplifiée, ainsi que celle d’armes à feu. Pour le reste, le changement est avant tout symbolique. J’avais déjà un permis de travail me permettant de travailler à mon compte ou pour n’importe quel employeur.

Cette carte verte est donc avant tout symbolique. Mais arrivée seulement huit jours avant ce 4 Juillet, c’est un symbole important. Il fait de moi pas juste un visiteur, mais un immigré. Une identité que je n’ai pas assumé dès mon arrivée en 1999. À l’époque, mon déménagement de la place Pigalle vers Silicon Valley relevait encore d’une aventure incertaine, liée à une bulle encore grandissante, un NASDAQ euphorique et l’insouciance de la vingtaine. Quelques années plus tard, cependant, il était clair que j’étais californiqué. La permanence de ma résidence est donc désormais officielle.

Bienvenue
La nouvelle carte verte dans son étui et le dépliant l’accompagnant.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Crimson Hill
Mon nouveau bureau.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Si vous avez un peu suivi mes aventures, je me suis fait virer fin septembre dernier de la vénérable firme high tech chez qui j’étais depuis un peu plus de cinq ans. Je travaillais de chez moi depuis deux ans, et la nouvelle boss n’aimait apparemment pas. Je fut donc lourdé par téléphone. Ce fut à la fois un choc et une bénédiction, car finalement, j’étais un peu coincé dans ce boulot, sans possibilité d’aller ailleurs car sans carte verte ni possibilité de transfert de visa.

Depuis, j’ai du coup pu faire quelques boulots de localisation et traduction ici et là, notamment pour des applications iPhone et Mac OS. C’est un truc pour lequel j’ai pas mal d’expérience, et je me débrouille pas trop mal. De quoi payer quelques factures. Et la lettre m’annonçant que je suis désormais un résident permanent des États-Unis est enfin arrivée (la carte verte devrait suivre d’ici quelques jours).

Mais bon, cela ne va pas mettre de beurre dans les épinards. Ça permet tout juste d’acheter le beurre.

Le défi, c’est ma situation géographique, à deux heures et quart de route de San Francisco (quand ça roule bien). Je ne veux pas demander à ma petite femme de mettre sa carrière en standby. Elle est procureure adjointe, et ça marche plutôt bien pour elle. Pas très bien payée (la faute au déficit vertigineux du budget californien), mais elle se construit lentement mais sûrement une carrière solide dans le droit pénal, côté ministère public. Même pour un avocat talentueux, les boulots sont rares ces temps-ci.

Il y a deux ans, je m’étais dit qu’il faudrait parer à l’éventualité de me retrouver sans boulot. Après tout, j’avais déjà subi plusieurs licenciements, et la paranoïa n’a jamais tué personne en petites doses. Comme le secteur dominant du coin est la viticulture, mes options étaient limitées, sauf à faire pousser ma marie-jeanne ou à devenir producteur de méthamphétamines, ce qui comporte des risques.

Par intérêt personnel et donc aussi pour contribuer à mon plan B, j’ai donc commencé à prendre des cours de viticulture et d’œnologie à Napa Valley College. Moins prestigieuse que UC Davis, ce community college a cependant gagné le respect de la profession vitivinicole au cours des dix dernières années. Je viens de boucler mon cours de marketing vinicole. Je viens de reprendre les cours (toujours en viticulture et opérations vinicoles) pour la session estivale, puis sans doute enchaîner d’autres cours à l’automne, une période très active dans ce domaine.

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