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mar
15

Le lendemain d’une grosse teuf entre cochons. Photo : Arnaud H.Ma douce se moque gentiment de moi ces temps-ci, car j’ai une nouvelle obsession. Il y a un mois environ, un soir — il devait être 23 heures, dans ces eaux-là — j’emporte le sac d’ordures de la cuisine pour le balancer dans la poubelle, près de la route. Il fait noir, et le temps est couvert. J’ai oublié d’emporter la lampe torche, et je n’y vois pas grand chose, me guidant au pif.
J’entends alors des bruits bizarres, inédits, provenant de la noyeraie. Des gros craquements. Des gémissements clairement inhumains. Je pense immédiatement à des chevreuils, mais ceux-là sont trop bruyants. Et il doit en avoir une bonne douzaine. Impossible. Ils auraient déjà décampé de toutes façons, je suis seulement à quelques pas. Ratons-laveurs ? Ils voyagent en famille, mais ils ne font pas ce genre de bruit. Mon imagination travaille vite. Un puma dévorant un chevreuil ? Clairement, je fantasme. Mais bon, ça arrive dans notre coin, donc qui sait ?
J’ai un peu les jetons. Le bruit est constant, proche — clairement à seulement vingt mètres — et il s’agit de plusieurs animaux. Après près d’une minute, je finis par associer l’activité que j’entends au bon animal : le cochon sauvage. Mes yeux s’habituent à l’obscurité et j’arrive à distinguer dix, vingt, peut-être deux douzaines de cochons. Bien sûr : les cochons adorent bouffer des glands, mais j’imagine que mes noix doivent être encore plus savoureuses (j’en vois qui ricanent dans le fond). J’observe quelques adultes qui doivent bien peser deux cents livres facile, mais aussi des cochonnets de la taille d’un gros gigot.
Je reste là, fasciné, à guetter la horde porcine labourer le verger et croquer des noix, et comme dans un cartoon de Tex Avery, je ne vois plus que des jambons, des côtelettes et de généreuses tranches de bacon.
J’en entends parmi vous un rien confus. Des cochons sauvages ? Il veut dire des sangliers, non ? Bah non. Voyez-vous, les Espagnols ont les premiers introduit les cochons domestiques dans le sud-ouest américains. Et rapidement, certains d’entre eux se sont fait la malle dans la nature. Ils se multiplient rapidement, pouvant tripler leur population d’une année à l’autre. Après des siècles de fornication au grand air, ils arborent généralement des taches ou des striages variés, un peu comme les chats de gouttière, en plus goûteux évidemment. Et sans prédateurs naturels, ils peuvent joyeusement gambader, de préférence la nuit, laissant derrière eux terre retournée et jardins ravagés. Ils sont même soupçonnés d’être les coupables de plusieurs contaminations de E. coli. Du coup, l’état de Californie permet la chasse aux cochons toute l’année afin d’en contrôler la population.
Une semaine plus tard, au retour d’un week-end à la neige de Tahoe, ma douce et moi surprenons un autre troupeau de porcs dans le verger. Je m’amuse à faire un safari au ralenti dans le verger avec la Jeep, et les bêtes s’enfuient vers les bois, les cochonnets trottant le long des mamans filant à une vitesse qui force le respect au vu de leur médiocre aérodynamisme.
Au cours du dernier mois, je les ai observés au moins deux fois encore, généralement entre 22 h et minuit. J’ai même tenté de prendre des photos, mais mon flash n’a qu’une portée limitée, et tout ce que j’ai pu obtenir est une série de clichés de noyers façon Blair Witch Project, mais pas de porcins en vue. Mon fermier de voisin ne les apprécie guère, et leur a décoché du plomb en guise d’avertissement il y a une semaine ou deux.

Je suis en règle. Photo : Arnaud H.J’ai obtenu mon permis de chasse il y a quelques mois. Et la semaine dernière, après une journée de courses dans la région de Santa Rosa, je prends une route minuscule de montagne pour rejoindre la vallée de Napa, car c’est là qu’est le bureau régional du Department of Fish and Game. Il me faut une tag pour chasser la bête. Le bout de papier cartonné coûte 19,40 dollars US. J’ai bien l’intention de tenter ma chance et de me tuer un cochon. J’en profite pour obtenir le timbre me permettant de chasser le gibier upland (dindes en saison, perdrix, et autres oiseaux de l’intérieur des terres).
Évidemment, le plus dur reste à faire : trouver où logent les bêtes pendant la journée, puisque la chasse au cochon sauvage n’est pas autorisée une demi-heure après le coucher du soleil. J’ai mon idée là-dessus, et je soupçonne qu’ils pioncent dans la boue bordant l’un des vergers du voisin. J’ai oublié de lui demander sa permission pour chasser sur ces terres la dernière fois qu’on s’est parlé. Je sais qu’il le permet pour des connaissances communes, donc ça ne devrait pas poser problème.
J’aurai de la chance si j’arrive à remplir ma tag : la plupart des chasseurs américains payent 500 dollars US la journée pour une chasse gardée sur propriété privée pour avoir le privilège de tirer un cochon (un ranch à quelques miles au nord offre ce genre de service). Il faut dire que plus de 90% des cochons sauvages en Californie sont tués sur des propriétés privés, car ils sont plus rares sur les terres publiques.
À cette facture impressionnante s’ajoutent les frais de boucherie pour ceux qui ne découpent pas eux-mêmes leur cochon, et qui s’élèvent en général entre 50 à 100 dollars. Je sais déjà où aller pour ça : Bud’s Meat, dans le comté de Sonoma, spécialisé dans les viandes de gibier.
J’ai aussi le bon fusil. Dans mon petit arsenal, j’ai un Lee Enfield britannique de la manufacture royale de Fazakerley daté 1941, un modèle n°4 Mark 1/2 que j’ai acquis l’année dernière et à la précision redoutable. Le calibre — du bon vieux .303 Brit, au diamètre de 7,7 mm — est idéal pour la chasse au cochon, et le fusil relativement court. Les chasseurs américains chassent en général le cochon sauvage avec en plus de leur fusil une arme de poing au cas où la bête déciderait de charger, ce qui n’arrive guère que si elle est blessée par un coup maladroit, ou si une mère veut défendre sa progéniture. L’idéal est un revolver de calibre .357 Magnum au minimum, ou un pistolet en 10 mm. Je suis chômeur, donc je ne peux pas franchement justifier l’achat d’un jouet de gros calibre juste pour un cochon encore hypothétique. 9 mm devront faire l’affaire. Pas d’excuse pour un mauvais coup.
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3 commentaires sur “Cochon du soir, espoir”
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Le con.
Moi a ta place j’empruntai l’automatique de Madame. Une bonne rafale, ca doit calmer plsu qu’un 9mm tire dans la hate et le stress.
Non?
Non, le .303 British du Enfield est bien plus puissant (le 9 mm, c’est juste en backup). Le .223 Remington du semi-automatique est un calibre trop petit pour le gros gibier. Je risquerais au contraire de blesser seulement la bête. Cruel et pas efficace. — Arnaud
Si tu veux j’ai une Sharps en .4570 à vendre avec foison de cartouche et tout le matériel de rechargement.
Il ferait moins le malin le cochon : http://bit.ly/cf1pPw
Joli ! J’aimerais bien (j’ai ce qu’il faut côté rechargement cela dit, à part les dies en 45-70), mais là je ne peux pas faire trop de folie ces temps-ci… — Arnaud
“(…) les cochons adorent bouffer des glands, mais j’imagine que mes noix doivent être encore plus savoureuses (j’en vois qui ricanent dans le fond).”
Je confirme qu’elle est sublime ! Evidemment, avec des cochonnes, ça aurait été mieux, mais bon…