booze

Plus je voyage en Floride l’été, plus je suis heureux de vivre en Californie. Je plains les motards du coin. Sauf les inconscients qui profitent de l’absence de loi sur le port obligatoire du casque, et qui circulent sur leur machine en shorts, t-shirt et les cheveux au vent. Ceux-là, les squids, comme on les appelle dans le jargon motocycliste américain, sont des donneurs d’organes en puissance. D’un autre côté, comment survivre la chaleur et l’humidité écrasante sous un cuir protecteur et un casque intégral ? Si je vivais ici, il y a fort à parier que l’été je remiserais la moto au garage, comme je l’ai fait pendant les mois d’hiver dans le comté de Lake, gel oblige.

Quatre sièges en cuir sont disposés en cercle devant l’entrée du magasin Nordstrom du mall Westfield de Sarasota. Quatre vieux messieurs sont confortablement installés dans chaque fauteuil. Ils se ressemblent comme des frères : cheveux blancs, pantalons kakis, polos, lunettes. Ils ne se parlent pas, et ne lisent pas non plus. Ils se contentent d’être assis là, en silence, le regard flou, attendant celle qui arrivera la première, leur femme ou la grande faucheuse.

c'est cheese

Même le vigile du centre commercial semble être né pendant le gouvernement Roosevelt — celui de Theodore. C’est un grand sec qui pourrait être imposant s’il ne boîtait pas si sérieusement. Sa présence symbolique relève certainement davantage du quota troisième âge que son employeur doit atteindre pour certains avantages fiscaux que de la réelle dissuasion.

Besoin urgent de pénicilline. Coup de fil au médecin sur la côte ouest, et l’ordonnance est transmise au drive-through de la pharmacie du Walgreens local, ouvert 24 heures sur 24. Il y a une erreur de prénom, que le pharmacien, très courtois, corrige lui-même. « Huh oh. Nous ne faisons pas partie de votre réseau », explique-t-il. Ce qui signifie, pour les heureux non-initiés, que nous allons payer plein pot. « Vous avez une carte Triple A ? » Ben oui, que ferait-on sans AAA ? Je lui tends ma carte, et hop, réduction. Il est gentil, le monsieur en blouse blanche. Il me réconcilierait presque avec le système de santé américain.

Ringling

Déjeunant en terrasse à l’enseigne de Sarasota du restaurant Columbia, j’aperçois Jerry Springer sur le trottoir, accompagné d’une jeune femme que j’imagine séduisante, mais dont je ne vois que le dos. Le présentateur d’émission à scandales vit à Bird Key, à deux pas de là. J’ai presque envie de lui dire tout le bien que je pense de sa carrière politique trop souvent ignorée, car depuis longtemps obscurcie par son statut de pape du sordide télévisuel. Je me demande en sippant mon cortadito si le soutien public de Springer pour Obama serait un handicap plus qu’un avantage. Certainement. Et Jerry le sait sûrement lui aussi. Voilà qui doit être bien douloureux pour un type ayant ses convictions.

Commentaires

1 commentaire sur “Notes de voyage : Sarasota (2e partie)”

  1. Emilie le 24 juin 2008 14:41

    AAA c’est pratique, mais apparemment c’est aussi un grand mechant lobby qui utilise les cotisations de ses membres et son image contre les lois pro-environnementales, contre les lois pour l’amelioration de la securite des voitures, et pour la construction de routes plutot que de transports en commun:
    http://www.betterworldclub.com/articles/Harpers2002may.htm
    (disclaimer: la page est tiree du site de l’un de leurs concurrents The Better World Club)
    Ceci dit sans proselytisme, j’ai decouvert ca aujourd’hui, cela fait reflechir.

Laisser un commentaire