Non, je n’ai pas passé mon dimanche à installer Leopard sur les Macs de la maison, parce que voyez-vous, c’est le genre de chose que je fais pendant les heures de travail. Les derniers weekends de l’été indien sont faits pour être savourés en plein air.

Hopland Inn
Hopland Inn, sur l’US 101, dans le comté de Mendocino.

Samedi donc, rendez-vous à Lakeport où des amis avaient organisé une virée à Hopland, petite bourgade du comté voisin de Mendocino, de l’autre côté des monts Mayacamas. Si vous avez jamais pris la route US 101 pour aller vers Eureka, voire l’Oregon ou l’État de Washington, vous avez forcément traversé ou fait escale dans ce petit patelin qui doit son nom au houblon qui couvrait au XIXe siècle ce coin de Californie du nord. Ne reste de cet héritage que la Mendocino Brewing Company et sa Hopland Brewery, qui brasse notamment l’excellente Red Tail Ale, une bibine ambrée à 6,1° dont la bouteille est décorée d’une buse à queue rousse. Les champs des environs de Hopland sont désormais pour la plupart plantés de vignes, dont le cépage dominant est le zinfandel (un cousin américain du primitivo, mais que certains experts identifient comme la même grappe).

Notre bob de service s’étant donc gentiment dévoué pour nous servir de chauffeur dans son Chevy Tahoe, nous voilà donc partis pour faire la tournée de dix domaines dans le cadre du Hopland Passport, l’un de ces événements qu’organisent certaines régions vinicoles à la saison des vendanges pour attirer les touristes. Pour 20 ou 30 dollars par tête on a droit à un verre à pied et dégustation à gogo dans tous les domaines participants. La consommation de vin sur la voie publique est pour une fois autorisée (ce qui n’empêche pas les flics de surveiller les automobilistes de près).

La première étape fut Nelson Family Vineyards, une exploitation dont les collines couvertes de vignes rappellent celles de l’Alsace. Il ne fut donc guère surprenant de pouvoir y goûter un très agréable riesling — le domaine produit aussi une vendange tardive du même cépage. Côté rouges, nous sommes repartis avec une bouteille chaque de leur Barn Blend, un assemblage maison typiquement californien de zinfandel, cabernet-sauvignon et merlot, et de leur pinot noir, tout deux de la cuvée 2006.

Jeriko
Jeriko, domaine viticolo-touristique au nord de Hopland.

Le reste des domaines ne réussit malheureusement pas à parvenir à la hauteur des vins Nelson. Jeriko est l’un de ces typiques pièges à touriste, servant des vins décents mais pas franchement à la hauteur du cadre néo-méditerranéen un brin prétentieux. L’exploitation a tout de même réussi un joli coup en produisant pour le compte de Trader Joe’s des vins biologiques sous le label Natural Blonde. Ne cherchez donc pas de terroir du côté de Jeriko. Même le rosé maison semble un peu cher pour 6 dollars — à ce prix-là, je connais des bandols qui ont bien plus de charme.

Weibel
Weibel fabrique notamment un « champagne » californien.

Troisième étape : Weibel. D’abord établi du côté de San José, ce domaine a élu domicile le long de la route californienne 175 en 1979. Ici encore, c’est l’approche marketing qui prévaut. L’entreprise commercialise ses vins sous pas moins de six labels différents. La raison ? « Pure marketing », répond-on sans honte dans les caves de l’exploitation. Weibel est utilisé pour ses vins pétillants, dont l’un porte d’ailleurs le label « champagne », un privilège que seuls quelques domaines ont pu conserver aux États-Unis au vu de leur âge. La plupart des viticulteurs californiens visant le haut-de-gamme ne regrettent toutefois pas de ne pouvoir utiliser cette appelation, qui associée à celle du nom de l’État est restée chez beaucoup de consommateurs américains synonyme de vin pétillant bon marché. Le bubbly de Weibel n’échappe pas à cette règle, comme ses variantes, des mousseux parfumés à l’amande ou à la framboise. Rien de très remarquable non plus dans le reste de la production, à l’exception du zinfandel Truscott 2005, pas mauvais du tout au vu de son prix (environ 12 dollars la bouteille).

Quatrième stop : Milano. La production est là encore plus diversifiée. L’exploitation embouteille près de deux dizaines de vins différents sous plusieurs labels. Il y a un gros rouge qui tache, le Disaster Relief Red, dont les bénéfices vont à la Croix-Rouge. Il y a aussi le BigAss Red, un assemblage au nom peu ragoûtant que j’ai épargné à mes papilles. S’en suivent la série obligée de single varietals qui représentent aux États-Unis la grande majorité des ventes, dont un carignane, un mono-cépage peu courant en Californie. L’intérêt principal de Milano reste ses vins de dessert, notamment un zinfandel vendanges tardives, un porto de syrah et le Mendocino Port, un vin sucré à base de sangiovese.

Après, ce fut quartier libre dans le centre-ville de Hopland, six pâtés de maison où sont concentrés la Hopland Brewery, la Hopland Inn, quelques magasins et plusieurs salles de dégustations des exploitations environnantes. McDowell semble se spécialiser dans ces vins de plus en plus appréciés des Américains, dont certains se marient facilement avec un dîner tex-mex ou un barbecue, à base de cépages typiquement rhôniens : syrah, grenache, viognier. Le plus intéressant est sans doute leur Coro Mendocino 2004, un assemblage très poivré de zinfandel, syrah et durif.

L’appellation Coro Mendocino est intéressante car c’est à ce jour l’une des rares tentatives américaines vers le concept de terroir. La Mendocino Winegrape & Wine Commission a en effet mis sur pied un cahier des charges à respecter par les exploitants membres qui veulent produire un vin sous ce label et un procédé de certification qui inclut une dégustation à l’aveugle. Le vin doit comprendre 40 à 70% de zinfandel, et se situer dans le haut-de-gamme de la production de l’exploitant. Le concept est proche de celui du meritage, un label accordé à certains vins conçus sur le modèle bordelais par ses producteurs membres, mais ici il inclut une dimension géographique, limitée au comté du même nom. Coro Mendocino reste encore une appellation confidentielle, mais elle a le mérite d’exister et d’encourager les producteurs locaux à se forger une identité viticole.

Downtown Hopland
Le petit centre-ville d’Hopland compte pas moins de six salles de dégustation.

Le domaine Brutacao domine le centre de Hopland, installé dans une ancienne école, agrémenté d’un restaurant, de cours de bocce et d’un magasin pour les touristes. Il produit également un Coro Mendocino 2004 (qui inclut des cépages de tradition italienne en plus du zinfandel et de la syrah, en l’occurrence barbera, dolcetto et sangiovese), mais le reste de ses vins n’est guère remarquable. Outre les mono-cépages habituels (sauvignon, merlot, cabernet-sauvignon, zinfandel), Brutacao produit aussi un barbera, un sangiovese, un primitivo et plusieurs vins de dessert (dont un « Merlot Mistelle »).

Graziano est une autre entreprise viticole locale dont les labels Monte Volpe et Enotria capitalisent eux aussi sur des vins d’inspiration italienne (leur millésime 2003 inclut aussi un Coro Mendocino à l’assemblage similaire à celui de Brutacao). J’avoue ne pas me rappeler ce que j’ai goûté chez McNab Ridge (bien que tenant toujours debout), mais j’ai pu voir que la maison a produit en 2006 une curiosité baptisée « French Colombard », un vin produit à base de ce cépage charentais et qui s’est apparemment très bien vendu — John Parducci, le sommelier toujours en exercice, a apparemment produit son premier colombard en 1945.

J’avoue ne pas avoir accordé beaucoup d’attention aux vins de Dogwood Cellars, une petite entreprise qui monte et dont le vin a bonne réputation. Chez Burford & Brown, qui exploite des vignobles dans le comté de Mendocino mais aussi dans ceux de Lake, Sonoma, Amador et Solano, j’ai goûté un agréable verdelho, un cépage portugais très populaire en Australie — rien de très surprenant à ce choix puisque le fondateur, Peter Burford, vient de là-bas.

Phew. Bilan de la journée : quatre bouteilles de chez Nelson Family Vineyards, et une curiosité piquée par la production de McDowell, chez qui j’irai sûrement refaire un tour, d’autant qu’ils sont sur mon trajet hebdomadaire vers la région de la Baie lorsque j’emprunte le Hopland Grade.

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Commentaires

2 commentaires sur “Weekend au vert (1ère partie) : vins de Hopland”

  1. Tietie007 le 31 octobre 2007 9:38

    Un peu normal qu’aux USA, les commerçants prennent les clients pour des américains !

  2. yann le 1 novembre 2007 13:19

    Merci pour le compte rendu! Tres interessant. De mon cote je n’ai pas vu beaucoup de flics surveiller les routes des vins (Certes je n’y ai ete qu’un nombre de fois limite) et je n’ai pas ete frappe non plus par l’exces de prudence des locaux quand il s’agit de mixer alcool et volant.

    Je ne savais pas que certains producteurs aux Etats-Unis avaient le droit d’utiliser l’appellation (wikipedia confirme en citant “Section 5388(c) of Title 26 of the United States Code” — tres explicite!).

    Et quand on me sert du “champaign” lors d’une soiree j’ai maintenant tendance a verifier l’etiquette, car la plupart des “sparkling wine” ont tendance a me taper serieusement derriere la tete…

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