Chevreuil
Hmmm, venison burgers…
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

C’est début octobre, ce qui signifie que c’est la pleine saison de reproduction pour les cervidés, qui en Californie ne sont guère timides. Les chevreuils s’aventurent jusque dans les jardins des banlieues cossues de Silicon Valley, et dans le comté de Lake, où j’habite, on les croise de façon quotidienne, en solo ou en famille, au bord de la route ou sur la pelouse, y compris en plein jour, d’autant que la saison de la chasse en zone A (qui inclut le plus gros de l’État) est désormais close pour permettre aux bêtes de pouvoir forniquer sans crainte.

En Île-de-France, où je suis né, les principales victimes animales du trafic routier sont les lapins et les hérissons. Les collisions avec des sangliers et des chevreuils sont rares. En Californie du nord, ce sont les putois, les ratons laveurs et les écureuils qui se font le plus souvent aplatir, quelques opossums, dindes ou renards venant parfois compléter le tableau de chasse. Et puis il y a donc ici aussi les cervidés, qui, aussi agiles soient-ils, font généralement preuve d’une imprudence remarquable vis-à-vis des véhicules motorisés, restant souvent plantés là avec le même regard vide et imbécile que celui d’un lièvre de province. Dans l’ouest américain, les espèces les plus courantes sont le cerf hémione (ou cerf mulet) et le cerf à queue noire. Ces deux cousins proches sont à peu près aussi cons l’un que l’autre lorsqu’il s’agit de respecter le code de la route, ce qui signifie que conducteurs et motocyclistes doivent adopter à leur égard la même méfiance que vis-à-vis du piéton parisien.

Chevreuil
Chevreuil : 1. Dodge : 1. Match nul.
Photo : armchairtraveler. Tous droits réservés.

Là où un putois ne laisse qu’une galette à l’odeur âcre, le cervidé en chaleur risque d’imprimer un souvenir mémorable sur la carosserie de votre véhicule (sans parler du montant de votre assurance), et dans certains cas il continuera sa course à la gueuse, sans même s’arrêter pour constater les dégâts. Évidemment, les plus jeunes sont souvent les plus cons, mais personne n’a envie de tuer Bambi au volant d’un minivan embarquant une portée de gamins. Le danger est encore plus réel pour les motards, pour qui la collision avec un gros mammifère peut être fatale. Certaines sociétés vendent des sifflets ultra-soniques à installer sur l’extérieur d’un véhicule, censés écarter les cervidés, mais leur efficacité reste à démontrer.

Malgré mes précautions, je sais que la collision avec un chevreuil reste une éventualité bien réelle, surtout lors de ma traversée hebdomadaire de la chaîne des Mayacamas. Et il n’y a même pas la consolation de venison burgers à la clé : en Californie, il est illégal de ramasser le gibier qui s’est bêtement aventuré devant votre pare-choc (seule rare exception : si la bête a été préalablement blessée par le projectile d’un chasseur, et que vous êtes détenteur d’un permis de chasse correspondant à votre cible).

Pour me préparer à l’impact psychologique, j’imagine toujours que l’animal qui va tôt ou tard passer sous mes roues est non seulement un con méritant son sort darwinien, mais un salaud dont la mort n’est que justice karmique. Personne ne conteste qu’il y ait des gens véritablement nuisibles chez l’homo sapiens, comme les tueurs en série, les tortionnaires d’enfants ou les électeurs du Front national, dont la mort subite peut être vue comme une ironie céleste, le majeur dressé du destin faisant un peu de ménage. J’aime à penser que la même chose existe dans le reste du royaume animal. Nous avons tous rencontré (et même parfois nourri) un chien véritablement méchant ou un chat incroyablement sadique, voire un poisson rouge cannibale ou un hamster psychopathe.

Je pars donc toujours du principe qu’il est inutile de se laisser traumatiser par la mort d’un écureuil sur l’autoroute, car après tout, le rongeur en question, aussi mignon semblait-il, était peut-être un truand à poils, un violeur en série, un pédophile arborigène — bref, un enfoiré de sa race.

Commentaires

6 commentaires sur “Accidents de la broute”

  1. mouton le 8 octobre 2007 15:58

    merci pour ce bon moment. tres bien le style continue dans cette voie

  2. Julien le 9 octobre 2007 8:31

    Excellent… A la lecture de ce billet, je regrette presque de ne pas avoir pris des photos des divers animaux croises cet ete sur les routes du Montana, du Wyomming ou de Californie. J’ai en particulier ete tres etonne de la capacité qu’a une vehicule pour couper nettement en deux une biche.

  3. Le Piou le 9 octobre 2007 10:26

    Tres drole… Mais un peu incomplet. Tu as oublie le perdrau. En France il jaillit du bord de la route avec son sifflet, alors qu’ici, il te rattrape avec ses chevaux dopes a l’octan 91…

  4. Phinebacker le 10 octobre 2007 12:12

    “L’enfoiré de sa race” final est excellent… ça sonne plus 9 cube que Frisco mais bon…
    je partage cet avis depuis que, en Ile-de-France, (assez loin de la Californie) ma moto a croisé une biche que mon talent de pilote (ou la maldresse de cette tueuse en série) m’a permis d’éviter… M’enfin, pas un bon souvenir !

  5. Thomas le 10 octobre 2007 12:34

    Excellent. Tous des enfoirés ces animaux qui viennent se mettre en travers de votre chemin. Moi, je leur met de la sélection naturelle en pleine face!

  6. Dolce le 11 octobre 2007 11:15

    Aouch ! Pas mieux dan le NJ ou un copain a vu egalement son pare choc bien amoche par un daim trop curieux… sur l’autoroute.

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