Café Bohème
Café Bohème : gauchistes, hispanophones et hipsters bienvenus. Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Premier dans une série sur les cafés et restos de la région de San Francisco, le Café Bohème est une institution du district de Mission, le plus vieux quartier de San Francisco. Dominé par une population hispanique d’origine majoritairement mexicaine (même s’il est raisonnable de penser qu’une partie des habitants y ont des racines remontant au XVIIe siècle, lorsque la Californie était encore espagnole), une partie de ce quartier fut à la fin du XIXe siècle un lieu de villégiature pour une certaine bourgeoisie locale (blanche, ça va sans dire), qui l’abandonna progressivement jusqu’à la fin des années 90, lorsque le dotcom boom créa une demande immobilière qui s’étendit jusqu’à ce quartier, qui subit depuis une bonne décennie une gentrification agressive et décriée par mains militants locaux déplorant le départ forcé des plus pauvres.

Café Bohème est une institution locale, ouverte il y a presque 31 ans, et ce café, le premier de son type dans le quartier, résiste plutôt bien à la tendance, à la fois en restant fidèle à une tradition d’activisme de gauche, mais sans pour autant snober l’arrivée des yuppies qui colonisent peu à peu le quartier avec leurs t-shirts vaguement subversifs et leur MacBook tout neuf. Au 3318 24th Street, à deux pas de Valencia Street, il suit la tradition des coffee shops qui, dans les villes de New York, Seattle ou San Francisco, ont servi d’incubateurs aux contre-cultures beat, hippies ou écolo, tout en gardant des racines résolument hispaniques.

Sur les murs, des posters proclamant « Viva la Raza » ou immortalisant le Che côtoient ceux de John Lennon, de « Rock the Vote » et des affiches de l’Internationale socialiste ou du mouvement zapatiste.
Le gérant du café a également mis à l’honneur les bannières rouges et vertes très rétro de Krissy Keefer, la candidate du Green Party qui aimerait obtenir le siège parlementaire de la Démocrate Nancy Pelosi, et les hauts-parleurs crachent discrètement du raï. Une dame aux longs cheveux gris et habillée tout de noir s’apprête à commander — un thé, à tous les coups. Deux hommes hispaniques boivent ce qui ressemble à un jus de guava en commentant les filles qui passent le long de 24th Street, et deux autres, plus âgés, ont entamé une partie d’échecs qui semble dominée pour l’instant par les noirs. Plusieurs jeunes femmes papotent en sippant leur café, une autre dans son coin appose des étoiles autocollantes sur des cartes de vœux. Un couple d’amoureux échange des sourires, en attendant leurs bagels. Il est grand, un rien dégingandé, avec une allure de batteur dans un groupe de néo-punk. Elle porte une petite robe d’été bleue courte, laissant voir ses tatouages sur son dos et ses bras menus mais musclés.

Krissy Keefer
Krissy Keefer, candidate écolo. Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Tiens, je viens de visiter le blog Only in San Francisco, et Geneline a blogué ce matin justement sur le coin de Mission où je suis en ce moment même. Elle remarque à juste titre que les touristes viennent rarement dans ce coin de la ville, si ce n’est pour visiter la Mission Dolores.
Je m’arrête souvent ici histoire de profiter d’une boisson chaude et de la connexion wi-fi gratuite. Je viens de finir mon mocha mexicain — un mélange de café, chocolat chaud avec du lait et parfumé à la cannelle. Je vais aller faire un tour du côté de fabric8, un magasin de fringues pour hipsters récemment ouvert à deux blocks de là.

Le couple d’amoureux vient d’obtenir ses bagels. La vieille dame hippie a commandé un thé, comme je m’y attendais. Une très jolie fille aux allures philippines ou brésiliennes — difficile à déterminer — vient de s’asseoir avec une bouteille d’eau fraiche et consulte son téléphone mobile. Le raï vient de laisser place à un mambo. Je jette un œil à la table des joueurs d’échecs. Les blancs ont repris le dessus.

Commentaires

3 commentaires sur “Chaud devant : Café Bohème”

  1. Dolce le 5 juin 2006 8:23

    Le décor me fait penser à La Petite Abeille qui est un café un peu de bric et de broc à Manhattan, tenu par des Belges, où tu peux aller bruncher en lisant un Tintin ou une autre bande dessinée tranquilou bilou.

  2. Julien le 19 juin 2006 23:15

    C’est bien de faire des articles sur les cafés….
    Il y a une chercheuse française qui a écrit 2 livres sur les cafés de Paris et de LA : Monique Eleb.

  3. Isa le 1 août 2007 1:27

    J’ai donné des cours de français dans ce café ! Que de souvenirs…

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